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La quête d'identité


Pendant longtemps, j'ai cru que ma vie consistait à trouver qui j'étais.

Je cherchais une case.

Une définition.

Une identité.

Je regardais les autres avec une certaine admiration. Ils semblaient savoir qui ils étaient. Ils avaient un métier, une passion, une direction. Ils semblaient avoir trouvé leur place.

Moi, j'avais surtout l'impression de changer régulièrement de peau.

J'ai changé de travail tous les trois ans.

J'ai changé de hobbies.

J'ai changé de cercle d'amis.

Je saisissais les opportunités qui se présentaient à moi comme si elles venaient me chercher. Comme si chacune d'elles pouvait enfin répondre à cette question qui m'habitait depuis toujours :

Qui suis-je ?

Avec le recul, je crois surtout que je ne savais pas vraiment qui j'étais.

Alors je devenais, souvent sans même m'en rendre compte, ce que les autres attendaient de moi.

Mon employeur attendait que je sois performant.

Disponible.

Organisé.

Capable de m'adapter en permanence.

À force de répondre à ces attentes, j'avais fini par croire que j'étais cet homme-là.

Mon conjoint, lui, attendait que je comble ce qu'il ne pouvait ou ne voulait pas porter. Que je m'ajuste à sa manière de vivre. Que je trouve naturellement ma place dans la sienne.

Ma meilleure amie avait besoin que je reste le frère qu'elle n'avait jamais eu. Celui qui comprend, qui écoute, qui traverse les mêmes tempêtes qu'elle.

Petit à petit, je connaissais parfaitement les attentes des autres.

Mais je connaissais beaucoup moins les miennes.

Lorsque nous devons choisir qui nous voulons être, nous sommes encore très jeunes.

On nous demande de choisir une orientation.

Un métier.

Parfois même une manière de réussir notre vie.

Mais comment savoir ce qui nous anime vraiment quand nous avons encore si peu vécu ?

Alors nous faisons comme nous pouvons.

Nous regardons autour de nous.

Nous suivons les chemins qui semblent fonctionner.

J'ai naturellement choisi un domaine proche de celui de mon père. Il s'y épanouissait. J'admirais sa maîtrise technique. Ce n'était pas un mauvais choix.

C'était simplement le meilleur choix que je pouvais faire avec les repères que j'avais à ce moment-là.

Puis un jour, j'ai tout quitté.

Je suis parti vivre au Canada.

À l'époque, je pensais partir découvrir un autre pays.

Avec le recul, je crois que je partais surtout à ma rencontre.

J'y ai exploré une partie de mon identité.

Ma sexualité.

Ma liberté.

Une façon différente d'habiter le monde.

En rentrant, j'ai cherché le prestige.

Le secteur du nucléaire représentait une réussite. Une carrière stable. Une entreprise reconnue.

Là encore, ce n'était pas un mauvais choix.

Mais ce n'était pas entièrement le mien.

J'y ai appris énormément.

J'y ai grandi.

Pourtant, après quelques années, cette sensation est revenue.

Je ne trouvais plus ma place.

Alors je changeais de poste.

Je cherchais encore.

Comme si je voulais faire entrer tout ce que j'étais dans une seule profession.

Puis d'autres facettes sont arrivées dans ma vie.

La musique.

La parentalité.

L'accompagnement thérapeutique.

Le massage.

L'écriture.

À chaque fois, j'avais l'impression de découvrir une nouvelle partie de moi.

Et, à chaque fois, je me posais la même question.

Laquelle est la vraie ?

Pendant longtemps, j'ai cru que je devais choisir.

Comme si toutes ces facettes ne pouvaient pas cohabiter.

Comme si l'une d'elles devait forcément être la bonne.

Aujourd'hui, je vois les choses autrement.

Je crois que nous ne sommes pas faits d'un seul bois.

Nous sommes faits de multiples essences qui cohabitent en permanence.

Certaines prennent plus de place à certaines périodes de notre vie.

D'autres attendent patiemment leur heure.

Être thérapeute ne m'empêche pas d'être père.

Être père ne m'empêche pas d'être chanteur.

Être chanteur ne m'empêche pas d'être professionnel dans le nucléaire.

Je peux accompagner une personne en séance le matin.

Jouer avec mes enfants l'après-midi.

Monter sur scène le soir.

Et retrouver mon équipe de travail le lendemain.

Je ne change pas de personne.

Je laisse simplement vivre différentes facettes de qui je suis.

Pendant longtemps, j'ai cru que la quête d'identité consistait à trouver la bonne case.

Aujourd'hui, je crois qu'elle consiste plutôt à arrêter de vouloir y entrer.

À rencontrer toutes les parts de nous-mêmes.

Nos ressources.

Nos fragilités.

Nos valeurs.

Nos contradictions.

Nos élans.

Et à leur laisser une place.

Je ne sais toujours pas si j'ai découvert toutes les facettes qui me composent.

Et, finalement, je n'en ai plus vraiment besoin.

Parce que je ne cherche plus à devenir quelqu'un.

Je cherche simplement à laisser vivre celui que je suis.

Dans toute sa complexité.

Dans toutes ses couleurs.

Dans toutes ses contradictions.


Alors peut-être que l'identité n'est pas une destination.

Comme la vie, elle est peut-être simplement un mouvement.

Une exploration permanente.


Un chemin sur lequel nous révélons, au fil des rencontres et des expériences, des parts de nous qui étaient déjà là, comme une graine porte déjà en elle l'arbre qu'elle deviendra.


Peut-être que c'est cela, au fond, Reconnexion.

Non pas devenir une meilleure version de soi-même.

Mais cesser de réduire qui nous sommes.

Pour enfin vivre depuis l'endroit le plus juste que nous connaissions :

notre cœur.

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