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Action alignée

5 août
3 min de lecture

Depuis plusieurs jours, je suis pris dans une forme de tourmente.

Une tourmente profonde.

Je pourrais la symboliser par un radeau.

Une embarcation à taille humaine, sans artifice, mais sur laquelle se trouve tout le nécessaire pour survivre… et moi.

Je navigue en pleine mer, uniquement à l'aide de mes pagaies.

Ma route s'est éloignée de celle des autres.

J'ai quitté le port il y a déjà quelque temps.

Je croise parfois d'autres embarcations, notamment dans le cadre de mon activité de Tantra.

Les rencontres sont riches, joyeuses, profondes.

Puis chacun reprend sa route.

Cette semaine, mes enfants sont également sur mon embarcation.

Pas de rendez-vous.

Mais une responsabilité.

Pourtant, quelque chose en moi a peur de cesser de pagayer.

Comme si tout dépendait uniquement de mes bras.

Comme si, en arrêtant un instant, mon embarcation allait cesser d'avancer.

Voilà le paradoxe.

Je veux être pleinement présent avec mes enfants, mais une partie de moi continue de regarder l'horizon, craignant que le radeau ne dérive si je cesse de le propulser.

Alors j'ai peur.

Peur de me retrouver immobile.

Perdu au milieu de l'eau.

Alors le doute revient.

Pris dans une forme de crise existentielle, je me demande :

Et si je m'étais trompé ?

Suis-je vraiment sur la bonne route ?

Alors je cherche à faire avancer les choses.

À redéfinir un cap.

À trouver une nouvelle destination.

Mais rien n'émerge.

Aucune action concrète ne se déploie.

Depuis plusieurs semaines, j'ai remarqué que lorsqu'un projet est prêt à naître, les actions viennent presque d'elles-mêmes.

Aujourd'hui, ce n'est pas le cas.

Je reste donc face à ce vide immense.

Partagé entre les doutes d'hier et les inquiétudes de demain.

La solitude devient pesante.

Comme si elle devait absolument être comblée.

Alors l'envie de fuir apparaît.

Hier revient plus facilement.

Laurent revient au travers de ses mails.

Comme un phare qui n'éclaire pas ma route, mais mes peurs anciennes.

La peur de l'habitude.

La peur de tourner en rond.

La peur du naufrage.

Je connais cette route.

Je ne veux plus y retourner.

Alors je lâche prise.

Et si l'été nous invitait justement à suspendre cette action compulsive dont nous sommes devenus si familiers ?

Et si agir en plein soleil nous épuisait davantage que cela ne nous faisait avancer ?

Et si mon embarcation devait simplement profiter de l'élan des coups de pagaie précédents, laissant le courant faire sa part pendant quelque temps ?

Peut-être que la vie nous invite parfois non pas à nous propulser...

Mais simplement à corriger légèrement notre trajectoire.

Alors, vous savez ce que j'ai fait ?

Ce matin, nous sommes allés à la piscine.

Nous avons pris un sandwich sur la route.

Puis j'ai fait la sieste avec mes enfants.

Deux heures.

Au frais.

J'aurais probablement dormi davantage.

Mais je me suis réveillé autrement.

Sans tourmente.

Sans ce besoin irrépressible d'agir.

J'ai simplement accepté que ce que j'avais déjà semé continue de vivre sans moi.

Et, chose étonnante...

Je me suis réveillé avec plusieurs messages.

Des demandes de rendez-vous.

Des échanges.

Des interactions sociales inattendues.

Comme si la vie me rappelait discrètement que je n'avais pas besoin de pagayer à chaque instant pour continuer d'avancer.

Que, pendant mon sommeil, les graines semées les jours précédents avaient continué de pousser.

Comme si mon inactivité n'était finalement pas une absence de mouvement, mais une autre manière de laisser la vie faire son œuvre.

Je me suis alors demandé si le véritable mouvement ne résidait pas précisément là.

Dans cette capacité à laisser la vie agir, elle aussi.

À accepter qu'elle poursuive son travail pendant que nous nous reposons.

Peut-être que je n'avais pas besoin de propulser mon embarcation aujourd'hui.

Peut-être que le courant, les vents, les marées, tout ce qui compose cet immense océan, faisaient déjà leur part.

Et que ma seule responsabilité n'était pas d'agir davantage, mais d'agir juste.

Une légère correction de trajectoire lorsque cela est nécessaire.

Puis laisser la vie faire le reste.

Finalement, l'action la plus alignée n'était peut-être pas de donner un nouveau coup de pagaie...

...mais d'avoir confiance dans les précédents.


Merci pour votre lecture.

J'espère que certains d'entre vous se reconnaîtront dans ces quelques mots.

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