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Un Dieu ? 

20 août
6 min de lecture

 Je crois que mon parcours dans la spiritualité, dans cette quête un peu folle de vérité, m’aura baladé dans un tas d’univers différents. 

Et je suis ravi de pouvoir dire aujourd’hui, sans prétendre avoir tout vu, tout compris ou tout vécu, que je trouve en chacun d’eux quelque chose de beau. 

Des fragments de vérité, peut-être. 

Des manières différentes de regarder une même chose. 

Pourtant, une question m’accompagne depuis longtemps. 

J’avoue humblement qu’il m’est difficile de concevoir qu’un Dieu créateur de tout ce qui nous entoure, un Dieu qui ne serait qu’amour et miséricorde, ne puisse pas agir pour que l’amour soit la seule option, la seule voie, la seule porte. 

Pourquoi laisser tant de non-amour ? 

Pourquoi la haine, la peur, la violence ? 

Pourquoi nous laisser nous éloigner autant les uns des autres et parfois de nous-mêmes ? 

Je n’ai que peu de certitudes. 

Mais il en est une : nous sommes des êtres de relation. 

Nous ne pouvons pas vivre sans interaction, sans lien, sans l’autre. Il suffit d’observer nos sociétés : des amas d’humains regroupés dans des villes immenses, puis parfois des kilomètres presque vides entre elles. 

Nous nous cherchons. 

Nous avons besoin les uns des autres, tout en ayant parfois tellement de mal à vivre ensemble. 

Nous expérimentons cette dualité partout. 

À l’intérieur de nous-mêmes, comme je l’explore dans ma méthode Reconnexion, mais également dans notre rapport aux autres, au monde et, peut-être, à Dieu. 

Alors une question revient. 

Comment un Dieu capable de ressusciter, de guérir instantanément, de créer la vie elle-même, pourrait-il ne pas agir quotidiennement en chacun de nous ? 

Depuis tous ces siècles, notre monde aurait quand même une autre gueule. 

Une ébauche de réponse pourrait peut-être commencer par une autre question : 

Quel est le sens de la vie ? 

En vérité, l’expérience que nous faisons de la vie ne semble avoir aucune finalité absolue et observable, sinon celle de mourir un jour. 

Entre les deux : une succession de choix. 

J’ai écrit il y a quelque temps une chanson qui parlait de cela. Et je trouve toujours que quelque chose, dans la poésie, est éternel. Les mots se transforment dans la bouche de celui qui les dit, parfois même dans celle de celui qui les a écrits. 

J’écrivais alors : 

Parmi tous les choix possibles, nous n’en faisons qu’un à la fois. 

Comme une esquisse au fusain, la pointe dessinant nos pas, 

D’une toile qui ne cherche pas à être quoi que ce soit, 

Juste à être vécue là, dans une forme de joie. 

Alors on recherche Dieu, qui donnera un sens à cela, 

De voir plus loin que nos yeux, mais le temps, lui, n’attend pas. 

Et si tout était déjà là, ici, dans ce fameux pas, 

Celui qu’on n’osait pas, et pourtant qui est bien là. 

La compréhension des choses se tisse et s’approfondit au fil de nos chemins dans la vie. 

Je n’ai pas, à proprement parler, de réponse au pourquoi de la vie. 

Pourquoi dans ces conditions d’observation ? 

Pourquoi avec cette autonomie ? 

Pourquoi dans cette dualité ? 

Mais mon parcours m’aura enseigné quelque chose : la dualité est l’espace qui permet le choix et les nuances. 

Entre deux bornes se trouve tout un éventail de possibilités. 

Et l’équilibre est peut-être cet art intime de sentir, puis d’ajuster. 

Encore et encore. 

C’est aussi, peut-être, l’art de l’amour. 

Car lorsque cet équilibre se produit, quelque chose de la dualité disparaît. Il n’y a momentanément plus deux forces qui s’opposent. Il y a une unité. 

L’amour devient alors à la fois la voie et la voix. 

Alors je me demande : 

La vie serait-elle la voie de l’apprentissage de l’amour ? 

Mais si c’est le cas, une autre question, beaucoup plus difficile, apparaît immédiatement. 

Pourquoi de cette façon ? 

Pourquoi avec autant de violence ? 

Pourquoi Dieu ne se manifeste-t-il pas ouvertement dans le cœur de chacun, devenant ainsi une vérité irréfutable plutôt qu’une force impalpable, une présence que certains ressentent et que d’autres chercheront toute leur vie ? 

N’en a-t-il pas le pouvoir ? 

Je crois que là n’est peut-être pas la question. 

Et curieusement, c’est en observant mon rôle de père que quelque chose a commencé à faire sens pour moi. 

J’aime mes enfants d’un amour infini. 

Et pourtant, malgré ma position d’adulte, malgré tout l’amour et toute la bienveillance dont je suis capable, il existe des choses que je ne pourrai pas leur épargner. 

Non pas parce que je souhaite qu’ils souffrent. 

Non pas parce que j’aurais décidé que la souffrance leur serait nécessaire. 

Mais simplement parce qu’empêcher chacune de leurs expériences reviendrait à vivre leur vie à leur place. 

Mes deux fils sont adoptés. 

Et ils ne vivent pas cette histoire de la même manière. 

Théo est un enfant extrêmement sensible. Il observe beaucoup les autres, s’adapte en permanence et peut parfois se fermer à l’amour alors même qu’il en a profondément besoin. 

Son frère Milo semble, pour l’instant, traverser son histoire autrement. C’est une boule d’amour, spontanée, joyeuse, débordante de vie. 

Je sais que, sur ce terrain-là, le chemin de Théo sera probablement plus difficile. 

Et cela malgré tout l’amour que je lui donne. 

Peut-être même, parfois, malgré tout l’amour que je sur-donne, dans cette illusion très humaine de père qui voudrait pouvoir réparer ce qu’il n’a pas pu empêcher. 

Mais je ne pourrai pas tout faire à sa place. 

Il existe des choses qu’il devra vivre, digérer, comprendre et intégrer pour devenir celui qu’il sera. 

Je pourrai être là. 

Je pourrai lui parler. 

Je pourrai partager mes propres expériences et rendre certaines montagnes un peu moins infranchissables. 

Je pourrai lui tendre la main. 

Parfois même, je pourrai le porter. 

Mais je ne pourrai pas marcher toute sa vie à sa place. 

Et surtout, je ne crée pas les difficultés qu’il rencontre pour lui apprendre quelque chose. 

Cette nuance est essentielle. 

Je ne crois pas davantage que Dieu dépose volontairement chacune de nos souffrances sur notre chemin afin de nous enseigner une leçon. 

Je crois aujourd’hui qu’il faut distinguer la Vie et la main de Dieu. 

La vie semble posséder sa propre dynamique. 

Elle s’alimente elle-même. 

Elle naît, se développe, se transforme, se reproduit, se heurte, détruit parfois et finit par mourir. Elle est traversée par nos décisions, celles des autres, les lois de la matière, les accidents, les rencontres, la maladie, le hasard peut-être, et toutes les conséquences de milliards de vies qui s’entrecroisent. 

Je ne vois pas nécessairement la main de Dieu derrière chacun de ces événements. 

Je ne crois pas qu’il provoque chaque chute. 

Mais peut-être est-il là lorsque nous tombons. 

Peut-être est-ce cela que j’ai longtemps confondu. 

L’œuvre de Dieu et l’intervention de Dieu. 

Créer une vie autonome ne signifie pas intervenir constamment dans son déroulement. 

De la même manière que donner la vie à mes enfants ne m’autorise pas à vivre à leur place. 

Alors peut-être Dieu ne déplace-t-il pas continuellement les pièces sur l’échiquier. 

Peut-être n’est-il pas celui qui décide de chacune de nos épreuves, de nos rencontres, de nos maladies ou de nos pertes. 

Peut-être est-il simplement cette main constamment disponible au milieu de tout cela. 

Une présence. 

Un soutien. 

Une direction que l’on reste libre de suivre ou non. 

Et cette idée change profondément ma manière de regarder son silence. 

Car si Dieu se manifestait à chaque instant comme une vérité absolue, irréfutable, incontestable, quelle place resterait-il réellement au choix ? 

Nous saurions. 

Mais savoir que Dieu existe nous apprendrait-il pour autant à aimer ? 

Peut-être que l’enjeu n’est justement pas de découvrir l’existence de Dieu. 

Peut-être est-il d’expérimenter librement ce qui nous rapproche de l’amour. 

Et pour cela, il faut peut-être un espace suffisamment vaste pour pouvoir également s’en éloigner. 

Je regarde alors mes enfants différemment. 

Je voudrais leur éviter toutes les blessures. 

Je voudrais leur transmettre immédiatement ce que j’ai mis presque quarante ans à comprendre. 

Je voudrais parfois déposer directement dans leur cœur certaines vérités qui leur éviteraient tant de détours. 

Mais ce seraient mes vérités. 

Issues de mes expériences. 

Et ils doivent vivre les leurs. 

Alors, sans vouloir leur faire de mal, j’essaie de les accompagner. 

De les soutenir avec autant d’amour et de présence que possible. 

Parfois je partage mon expérience et certaines montagnes deviennent peut-être un peu moins hautes. 

Parfois je ne sais pas. 

Parfois j’ai peur pour eux. 

Parfois je dois simplement accepter que leur chemin leur appartient. 

Et une question apparaît alors en moi. 

Si j’étais Dieu, et que vous étiez mes enfants, ne vous respecterais-je pas suffisamment pour ne pas vous mâcher le chemin qui mène vers Lui, vers l’amour ? 

Je ne sais pas si c’est la réponse. 

Je ne sais même pas s’il existe une réponse. 

Mais cette distinction entre une Vie qui poursuit son mouvement et une présence divine qui ne cesse pas pour autant de nous accompagner réconcilie aujourd’hui beaucoup de choses en moi. 

Dieu ne serait pas le père qui place volontairement une pierre devant son enfant pour lui apprendre à tomber. 

Il serait celui qui sait qu’il ne pourra empêcher toutes les chutes sans empêcher son enfant de marcher. 

Et dont la main, pourtant, reste tendue. 

Cela fait sens pour moi. 

Aujourd’hui. 

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