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L'impermanence

30 juil.
3 min de lecture

De tous les espaces que nous occupons dans nos vies, il en est un que nous traversons deux fois.

Une première fois à la naissance. Ce court instant où la vie n'habite pas encore pleinement notre corps. Un instant que nous pourrions presque étirer, comme pour explorer et nuancer l'atmosphère qui s'en dégage. Puis la vie anime ce corps de chair, ce corps de matière. Le souvenir s'efface, mais il demeure quelque part en nous, comme le contraste saisissant entre l'espérance et le désespoir.

Cette mémoire, nous la réactivons plusieurs fois au cours de notre existence. On dit que la vie gagne toujours… Oui. Mais lorsque la fin se fait sentir, cette évidence vacille.

Je disais que nous vivions deux fois ce moment : à notre entrée sur scène et à notre sortie.

L'une ouvre le chemin.

L'autre en marque l'aboutissement.

En médecine chinoise, nous parlons de portes. Une porte n'est jamais une fin ; elle est simplement le passage vers une autre pièce. Nous quittons la scène de la vie pour retourner dans les coulisses… ou peut-être vers tout autre chose. Qui sait ?

L'espace compris entre ces deux portes nous interroge sur l'impermanence.

Sur ce caractère profondément éphémère de toute chose.

Comme une bulle de savon qui flotte quelques secondes, portée par l'air et la matière, avant de retomber en fines gouttelettes sur la terre, où elle reprend peut-être son cycle infini.

Un cycle…

Cette bulle cherche-t-elle à retenir son éclatement, ou admirons-nous simplement sa course, son élévation, le chemin qu'elle aura parcouru ?

Nous souviendrons-nous de chacune des gouttelettes qui la composent, ou seulement de cette forme organisée de la matière, lorsque chaque atome s'associe aux autres dans un équilibre microscopique d'une extrême précision, emprisonnant juste assez d'air pour s'élever comme un ballon dirigeable ?

L'impermanence se heurte à notre ego, qui voudrait que cette bulle demeure éternellement.

Pourtant, quel serait le poids d'un chemin sans destination ?

La bulle donnerait-elle le meilleur d'elle-même si elle devait durer pour toujours ? Ou resterait-elle une simple flaque savonneuse, immobile, pour l'éternité ?

L'impermanence presse nos pas.

Elle appelle l'action.

Regardons autour de nous ce qui nous paraît immuable…

Rien.

Absolument rien.

Tout est en mouvement.

Même le Soleil brûle comme si c'était son dernier jour, avant qu'un jour, lui aussi, ne s'éteigne.

Simplement, nous n'avons pas la même temporalité.

J'ai peur de la mort.

Du moins, une partie de moi la redoute.

Elle me semble imprévisible, capable de surgir à tout instant pour sonner la fin du parcours.

Et pourtant, ce qui me rattache à la vie est la conviction que quelque chose de plus grand m'attend ici, dans cette existence. Que je ne suis encore qu'au lever du rideau.

Mais voilà…

Je crois aussi que cette conviction peut devenir un frein.

Car chaque pas que je fais vers mon destin est aussi un pas vers ma mort.

Et plus je m'accomplis, plus la bulle se rapproche du moment où elle redeviendra goutte.

Quelque part, une part de nous croit que ralentir la vie prolongera le contrat.

Comme si vivre moins intensément permettait de vivre plus longtemps.

Et si nous pouvions aimer la vie…

Et aimer la mort.

Non pas comme une délivrance, mais comme le contraste qui rend la vie si belle.

Si riche.

Si bouillonnante.

Si précieuse.

Si éphémère.

Et si nous pouvions accueillir la mort comme le passage vers un nouvel espace, avec la même curiosité que celle qui accompagne notre premier souffle ?

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