Le mode vie
Bientôt quarante ans depuis mon arrivée sur Terre.
Le mot arrivée résume à lui seul une existence au-delà de la vie que j'expérimente aujourd'hui. Une âme qui, peut-être, ne connaît ni le temps ni la dualité... À vrai dire, ma compréhension s'arrête là.
Je crois simplement que nous ne sommes pas au bon endroit pour comprendre tout cela. Et finalement, peut-être que cela n'a pas tant d'importance.
Parce que, comme je l'ai écrit, je suis né il y a bientôt quarante ans sur cette planète que nous appelons la Terre.
D'ailleurs, puisqu'elle est recouverte de plus d'eau que de terre, ne devrait-elle pas s'appeler la Mer ?
J'ai longtemps vécu en mode survie.
Comme beaucoup.
Comme beaucoup trop de personnes à notre époque.
Et ce mode, qui n'est pas vraiment la vie mais plutôt une expérience répétitive de celle-ci, est profondément souffrant. Sous tellement d'aspects que je ne vais pas encore m'aventurer à tous les développer.
Lorsque j'ai commencé à sortir de ce mode de survie, j'avais la certitude que la vie deviendrait enfin douce.
Fluide.
Presque légère.
Comme si l'extraordinaire allait naturellement se révéler à moi.
Je crois que ma désillusion était finalement prévisible.
La Vie n'est pas une récompense.
Elle est le socle de toute expérience.
Je ne la perçois ni comme positive ni comme négative. Elle réagit simplement à ce que nous lui envoyons.
Ou, plus précisément, à ce que toutes nos parts lui envoient.
Et c'est précisément là que le travail d'unité prend tout son sens.
Parce que la Vie répond autant aux voix que nous écoutons qu'à celles que nous refusons d'entendre.
Comme un programme informatique auquel nous enverrions plusieurs lignes de commande, parfois contradictoires.
Et ce qui est fascinant, c'est que la réponse n'est jamais immédiate.
Elle est expérimentale.
Le mode survie est l'expérience chaotique de toutes nos parts qui tirent dans des directions différentes.
Le mode vie est exactement la même expérience.
La seule différence, c'est qu'il n'y a plus qu'une seule ligne de commande.
Mais cela ne retire pas l'expérience.
La Vie continue de répondre.
À travers des synchronicités.
Des rencontres.
Des opportunités.
Des résistances aussi.
Elle ressemble à ces labyrinthes en bois dans lesquels une bille avance grâce aux mouvements que nous donnons au plateau. Notre volonté incline le chemin, mais le relief existe déjà. Les obstacles aussi.
Si nous ne faisons rien, la bille ne bouge pas.
Sans mouvement, il n'y a pas de chemin.
J'aime parfois imaginer les choses autrement.
Imaginons que l'air soit de l'eau.
Pour avancer, il faudrait nager.
La Vie pourrait utiliser des courants ascendants ou descendants pour corriger légèrement notre trajectoire.
Pas un courant créé spécialement pour nous.
Simplement les courants qui existent déjà.
Alors notre chemin ne serait plus la plus courte distance entre un point A et un point B.
Il s'inscrirait dans une Vie plus grande que la nôtre.
Des vies à l'intérieur de la Vie.
Nous appartenons tous au même système.
Comme un immense effet domino où chacun pousse, influence ou ralentit les autres.
Deux personnes profondément opposées dans leur manière de voir le monde se repousseront naturellement dans des directions différentes.
À l'inverse, une rencontre sincère, un échange, un partage pourront modifier la trajectoire de chacun.
Dit comme cela, on pourrait croire que tout est juste.
Je dirais plutôt que tout est vrai.
J'ai longtemps cru que, maintenant que je vivais davantage en mode vie, tout deviendrait rapide.
Évident.
Vertigineux.
Pourtant je continue de rencontrer des personnes profondément alignées avec moi... et d'autres qui ne le sont pas du tout.
Et c'est là que j'ai compris quelque chose.
La Terre est un système global.
À la différence de Dieu, que j'imagine capable de nous aimer individuellement, la Terre ne nous distingue peut-être pas.
Elle nous perçoit comme faisant partie d'elle-même.
Elle accueille toutes ses parts.
Les plus lumineuses comme les plus sombres.
Exactement comme nous sommes invités à le faire avec nous-mêmes.
Mais son mouvement semble toujours tendre vers l'équilibre.
Comme le nôtre.
Je crois que l'acceptation consiste justement à ne plus gaspiller mon temps ni mon énergie dans ce qui ne me fait pas avancer dans la direction que j'ai demandée à la Vie.
Suivre le courant.
Accueillir les rencontres d'opposition sans m'y accrocher.
Accueillir les rencontres d'alignement sans vouloir les posséder.
Continuer simplement à avancer.
Car au fond, ce qui compte n'est peut-être pas le résultat.
C'est le mouvement.
Utiliser mon énergie pour les actions qui m'inspirent.
Sans m'attacher au résultat.
Sans chercher à tout interpréter.
Simplement rester entier.
Vrai.
Parce qu'une impulsion ne peut être pleinement juste que lorsqu'elle naît d'un être uni.
Bienvenue dans l'unité de vie.
Cette immense mêlée humaine et circonstancielle qui ressemble parfois à une partie de flipper.
Aucune garantie de marquer.
Aucune certitude d'arriver.
Seulement la volonté de relancer la bille.
Encore.
Et encore.
Parce qu'à chaque tentative, les statistiques augmentent.
Et que, finalement, la persévérance est peut-être simplement une autre façon de continuer à vivre.




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